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VIVE LES VACANCES !


Ben oui ! Je vais bientôt vous quitter pour deux longs mois car mon plus fidèle ami m'emmène en villégiature dans une petite ville des Ardennes où l'on a nos habitudes. Là-bas, pas de ces “grandes surfaces” où je ne peux jamais pénétrer... Le matin, on passe d'abord chez le boulanger, levé dès potron-minet pour pétrir ses pains qui - si on le visite de bonne heure - sortent tout chauds du four. Des senteurs, inconnues dans les grandes cités et aiguisant l'appétit, emplissent l'air de son magasin et les tartelettes couvertes de réels fruits frais ainsi que de crème fraîche naturelle excitent le désir. La boulangère, toute souriante, octroie un petit mot gentil, s'enquiert de nos découvertes de la veille, de la santé de la petite famille, remarque ma bonne éducation et nous voilà, la joie au cœur, partis vers un copieux déjeûner agrémenté - pour mes maîtres - de “vrais œufs” d'une “vraie poule” (de celles que l'on peut voir picorer en toute liberté dans une ferme du voisinage)... contrairement à ceux que l'on mange à Bruxelles qui sont - paraît-il - le résultat d'un “sot lot de batterie” !  L'estomac bien calé, c'est une longue promenade dans les bois, entrecoupée d'un pique-nique, avant de se rendre chez l'un de ces artisans quasi disparus de la capitale... vous savez, le monsieur qui vend du porc, des charcuteries et un tas d'autres viandes qu'il a été lui-même sélectionnées à l'abattoir. Pendant que mon propriétaire discute avec lui le bout de gras, le détaillant m'offre une ou deux tranches de salami. Ensuite, direction l'épicière où, environnés par l'arôme d'herbes et de légumes fraîchement coupés qui fleurent bon le non-passage par des camions frigorifiques venus de lointains horizons, on apprendra tous les potins locaux qui circulent depuis la veille. C'est la belle vie, le calme, dans un environnement où chacun prête attention à autrui et le soir, en s'endormant sous les gazouillis d'oiseaux inconnus dans les mégapoles, on appréhende donc l'inévitable retour annuel “au foyer” !


Si je vous conte l'ambiance qui préside à mon régulier séjour estival, c'est que la vie est toute autre, aujourd'hui, dans la métropole. Il y a quelques dizaines d'années, s'y sont installés ce que les hommes nomment des “supermarchés”. On y trouvait de tout à des prix de demi-gros et, bientôt, face à cette concurrence déloyale, les petits indépendants ont vu leur échoppe se désertifier, forçant à la longue la plupart d'entre eux à mettre la clé sous le paillasson. Ainsi, dans ma famille, les “courses” ne sont plus qu'hebdomadaires, le surgélateur faisant office de fourre-tout jusqu'à la semaine suivante. Moi - Lois sur l'hygiène alimentaire obligent ! - je n'ai jamais pu entrer dans ces “temples de la surconsommation” pour y constater de visu ce qui s'y passe mais j'ai demandé à ma copine Mimi (Vous savez... la petite souris !) de me raconter. (Il se fait justement que, sorte de “visiteuse de prison”, elle apporte régulièrement les derniers réconforts à ces homards “menottés”qui y sont enfermés dans un aquarium, genre d'antichambre de la mort, avant d'être ébouillantés !)


Son récit est horrible ! Outre le fait que les étagères, les taques de frigos, ne sont jamais déplacées et que la propreté des parties cachées (où Mimi se glisse facilement) est donc plus que sujette à caution, des milliers de gens s'y croisent quotidiennement sans une seule parole, sans même un seul regard l'un pour l'autre. Poussant devant eux une petite charrette, leurs yeux sont rivés sur les rayons, les étiquettes, et ils se saisissent compulsivement de produits dont ils n'ont pas vraiment besoin mais qui bénéficient d'une indication spéciale de rabais ou d'une place privilégiée en tête de gondole. Certains se promènent avec un “compteur Geiger”, qui fait “bip” sur chaque marchandise choisie, mais cet indice de radio-activité leur permet de passer plus vite pour payer... afin de regagner un peu du temps perdu à promener l'appareil sur chaque achat. Les vendeuses, n'étant plus d'ailleurs que des “caissières”, voient défiler tellement de gens qu'elles ne reconnaîtraient même plus leur mère si celle-ci venait à se présenter devant le tapis roulant et leur seul petit mot “aimable” pour le “passant” consiste à énoncer le chiffre dû. Bonjour la convivialité !


Tout est emballé sous plastique, présentant un aspect externe à première vue bien attrayant, mais Mimi - encore traumatisée par une petite faim qu'elle a satisfaite lors d'une de ses escapades - s'est refusée à me décrire la qualité des produits testés plus avant: “Des goûts et des couleurs, ne discutons pas !” a-t-elle plaidé... tout en me signalant que “des goûts” pouvait également s'écrire en un seul mot ou avec un “d” suivi d'une apostrophe.


Le pire est que, une fois les petits commerçants étranglés, les sociétés à l'origine de leur “mise à mort” ont étendu leur emprise sur la cité en essaimant des petits rejetons/avortons où, pour la même boustifaille mais avec moins de choix, les prix - bien que restant au niveau du marché de détail - sont inversément proportionnels à la surface du franchisé. “Juste question de donner le coup de grâce aux derniers résistants de l'alimentaire” expliquait, en guise d'épitaphe, un économiste à mon maître qui posait la question: “Mais où sont les petits indépendants d'antan ?”. Virgile affirmait : “Trop heureux les chiens des champs s'ils connaissent leur bonheur !”... comme il avait raison lui qui, pourtant, ne connaissait pas encore les dégâts sociologiques que les Carrefour et autres Delhaize occasionnent dans les grandes villes.


Chien des petites municipalités encore préservées, si tu vois arriver la caravane du gros capital de la “Grande distribution”, aboie très fort pour la chasser car, là où elle s'installe, les relations humaines normales vont s'effacer!


Piet BULL  




La chronique de Piet Bull


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