Info importante
Contact ancien Info importante
MENU
MENU

Jadis, dans notre plus jeune âge, les maîtres-chiens commençaient par nous apprendre les bases de la bonne conduite, celles qui permettent de vivre en société sans perturber le voisin. Oh! Il ne s'agissait que de notions élémentaires mais qui rendaient possible à chacun d'entre nous de traverser la vie sans devoir, pour se sustenter, fouiller dans les poubelles ou rejoindre une meute attaquant le passant. On nous enseignait la discipline, la propreté, la fidélité à nos limites territoriales, l'évaluation de nos propres capacités physiques, comment se faire comprendre sans grognements et/ou jappements intempestifs ainsi que bien d'autres petites choses utiles dans l'existence. Unis dans le dur labeur d'un même apprentissage, nous formions un tout soudé que l'on nommait le tronc commun. Ensuite, alors que les moins doués se dirigeaient vers des tâches plus ardues - chiens de berger, chiens de chasse, chiens policiers ou même chiens de compagnie - les plus intelligents voguaient vers de hautes écoles spécialisées pour former des chiens savants.


Bien sûr, l'écolage de ces derniers étant assez coûteux, seuls les cadors de bonnes maisons pouvaient en bénéficier... à l'exception de quelques cabots, assez rares mais aux dispositions évidentes, pour lesquels les plus nantis apportaient leur contribution. Evidemment, pour ces échappés du fond du panier, ne disposant pas d'un bon entourage attentionné qui leur permettait de répéter chez eux les exercices, le but à atteindre était plus difficile mais, quand ils y arrivaient, ils étaient honorés comme les autres avec - en sus - une nuance de respect pour l'immense effort qu'ils avaient fourni pour se hisser dans ce nouvel univers. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes et chacun y trouvait sa place.


Mais voilà qu'il y a quelques temps un grand maître des univers cités, voulant se faire bien voir de la majorité de ses assujettis, promet à tout un chacun que son clebs familier accédera aux plus hauts diplômes. “Chose promise, chose due!” ...mais comment arriver à cet objectif car l'intelligence n'est point donnée à tous les canidés? Qu'à cela ne tienne! Il enjoint alors à tous ses adjoints de diminuer le niveau d'exigences jusque-là requises pour devenir un “chien savant”, tout en interdisant aux chiots d'interrompre leur instruction avant d'être devenus adultes! Ceux qui les employaient dès leur sortie des hauts dressages comprennent bien vite, à l'usage, que des déjections canines se sont glissées dans le festin et deviennent plus selectifs quant au choix de leurs fournisseurs. Comme certains chenils libres font de la résistance et dispensent toujours, malgré les ukazes, un enseignement de qualité, c'est donc vers là qu'ils se tournent abandonnant les autres avec dégoût. Il se crée alors une disparité: les vrais chiots savants s'agglomèrent dans les mêmes institutions huppées tandis que les autres stagnent dans les “écoles poubelles”! La morale et l'économie sont sauves car, des bonnes places, celui qui a “bien mal appris ne profite jamais”.


Cependant, entretemps, un autre problème est venu se greffer dans les centres de dressage: alors que, jusque-là, la majorité des canidés s'y composait de bergers belges, de quelques pitt-bull, bergers français et parfois malinois ou allemands, un flot de cyons (canidés asiatiques chassant par troupe et installant des relais pour attendre le gibier au passage*) a débarqué et envahi l'environnement. Si certains d'entre eux se sont fondus dans le milieu et ne posent pas de problèmes, d'autres - assez nombreux - ont gardé leur agressivité ancestrale, voulant imposer leurs us et coutumes tant à leurs congénères locaux qu'à leurs dresseurs. Dans certains endroits, ces derniers n'en peuvent plus, se désespèrent, démissionnent, partent vers des cieux plus cléments et seuls les “petits nouveaux” acceptent naïvement de les remplacer. Les récents arrivants, génétiquement** et culturellement défavorisés, s'agglomèrent bien sûr - pour la plupart - dans les modernes “cours des miracles”... les “miracles” consistant à voir attribuer, malgré l'inanité des cours dispensés, les plus grandes distinctions à des canidés incapables de se tenir en société, voire même de faire le beau ou de tendre amicalement la papatte. Devant la vacuité de facto des promesses émises, le nouveau grand maître des univers cités s'affole et cherche des idées lui permettant de sortir de cette impasse. Payé pour ce faire, il est impératif qu'il en trouve... même si celles-ci sont aberrantes.


Dans un éclair de génie (d'eugénisme?), il lui semble trouver la solution: “Pourquoi ne pas mêler les cartes en imposant aux chenils bien cotés un quota de chiots défavorisés, contingent qui ne serait le fruit que du hasard géographique et de la rapidité des inscriptions? Dans leur tri sélectif, les amateurs de chiens savants n'y retrouveront plus leurs jeunes et devront prendre le tout-venant! D'un autre côté, l'émulsion des cadors avec les chiens perdus sans collier, entraînera pour ces derniers une cohésion intellectuelle avec les premiers! Comment faire passer cela? Nous parlerons de Droits des canidés, dont l'article premier stipule que tout chien naît libre et égal en droit... ce qui implique le Droit à l'éducation de qualité et le Droit de recevoir un diplôme valable. De plus, cela brisera les conglomérats de coteries de cyons qui se sont formés dans les cercles canins discrédités.”


Sitôt dit, sitôt fait... Las! C'est maintenant la catastrophe. Une bonne partie des cyons assimilés (et autres chiots opiniâtres mais sans réelle aide domiciliaire de chaque instant) qui se sont incorporés dans les cénacles de haute tenue n'arrivent pas, déficience sociologique desservant, à comprendre les exercices. Devant ces carences, les maitres-chiens doivent leur consacrer beaucoup du précieux temps imparti, ce qui retarde leurs condisciples qui, donc, régressent par rapport au niveau autrefois atteint. Quid des autres lieux d'éducation, me demanderez-vous?! Les espèces invasives agrippées à leurs racines, devenues majorité, y font désormais la loi et obligent les bergers belges et autres cabots indigènes à passer par leur diktat !


Chien savant ! Si tu vois un jour passer - dans un désert spirituel - une caravane de chiots haves et hagards retournés à l'état sauvage, n'aboie pas de rage ou de désespoir... Cherche plutôt ceux qui les ont dirigés vers cette aridité intellectuelle et, quand tu les auras trouvés, mords-leur bien cruellement les fesses !


Piet BULL


* Il ne faut pas confondre les “descendants de cyons” avec les pitt-bull, mon lignage, dont Sion est la terre d'origine.

** Dans le sens philosophique du terme!



Chronique d’un mâtin calme

L’étron commun