Info importante
Contact ancien Info importante
MENU


Vous parler de mes vacances ? Oui, j'aurais pu... On aime toujours étaler à la face du monde ses moments heureux ! Cependant, lorsqu'à la sortie d'une bouche de métro mon maître s'est exclamé - à la vue de Tartignolle, sorte de malinoise mâtinée de lévrier et de dogue allemand, couchée près des quelques hardes d'un clodo qui faisait la manche un peu plus loin - “Qu'a-t-il à s'encombrer d'une bestiole qui doit lui coûter la peau des fesses pour la nourrir ?”, je me suis retenu de lui rétorquer “L'homme ne se nourrit pas seulement de pain !” (Il aurait d'ailleurs bien été surpris que je me mette à philosopher à haute voix, lui qui pourtant affirme “Il ne lui manque plus que la parole !”) Je me suis pourtant promis de vous entretenir de ces drames humains que l'on remarque de plus en plus dans nos rues.


Car, dans la société de consommation actuelle, l'homme a égaré toute trace d'humanité, toute compréhension des réels besoins de ses semblables. Un clochard ? Un miséreux ? On lui fournit un quignon de pain, quelques piécettes, au mieux on téléphone au SAMU social... et on s'en éloigne à grande vitesse de peur qu'il nous passe ses poux et ses puces, qu'il nous expose ses problèmes, ses désespoirs, dont on n'a que faire: “Y'a des services payés pour cela, quand même !” Tout ramène aujourd'hui aux seules nécessités matérielles et, quand les services ad hoc interviennent, la chaleur - réelle ou “professionnelle” - prodiguée par leurs envoyés s'apparente plus à la “politique de la terre brûlée” qu'à la caresse de l'astre du jour: “Un toit pour cacher au monde votre misère ? Mais, mon bon Monsieur, tous les logements sociaux sont pris pour héberger les familles nombreuses venues d'ailleurs ! On peut vous trouver un abri pour cette nuit - et cette nuit seulement - mais il vous faudra faire la file et abandonner votre chienne, les animaux de compagnie n'étant pas admis. Un petit boulot ? Vous voulez rire ? En cette crise économique, la seule chose que l'on peut vous proposer - Et encore ! - c'est de travailler aux “Petits riens” - ou, si vous êtes prêt à assister aux offices liturgiques, à “l'Armée du Salut” - pour quelques sous, le gîte et le couvert... Bien sûr, là aussi, pas question d'amener celle que vous nommez Tartignolle !”


Tartignolle... cette “chienne de vie” dans le sens où il s'agit du seul être qui le rattache encore à l'envie de “ne pas en finir tout de suite” ! Car c'est sa seule compagnie, sa seule amie, celle à qui il peut tout confier, qui partage ses peines et ses joies, qui garde l'œil ouvert pour le protéger de la dure loi de la jungle qui sévit dans la nuit. Tous l'ont abandonné sauf elle. Elle reste fidèlement à ses côtés, été comme hiver, qu'il vente, qu'il neige ou qu'il gèle. Elle seule - contrairement aux assistants sociaux et à “la société” - ne lui a pas reproché d'avoir été “trop prodigue” quand il avait un métier, de n'avoir pas su prévoir qu'il perdrait son boulot - et, en conséquence, sa compagne - parce que des économistes incapables allaient amener la délocalisation de son usine en Chine, qu'il perdrait aussi son logement par suite - Union Européenne aidant - de la flambée des loyers à Bruxelles. Quand, dans la dèche, il partait - tel Diogène -  à la recherche d'un Homme pour lui ouvrir les bras, voire simplement lui tendre la main, et revenait bredouille, Tartignolle l'attendait toujours patiemment au pied de son tonneau... une boîte en carton, en fait. Et on lui demande de l'abandonner... mais quel sans cœur serait-il s'il acceptait de le faire !?


Je sais ! Je sais ! Les “humanitaires” (Remarquez que le mot “philantrope” - venant du grec “ami” et “homme” - a quasiment disparu du langage... car il est plus abstrait, et donc facile, “d'aimer le monde entier” que son proche prochain!) me diront que “Nécessité fait loi !” et que Tartignolle n'est, après tout, qu'une chienne. Mais - Bon Dieu ! - pourquoi ne prennent-ils pas exemple sur elle, bâtissant un tissu social plus compatissant, plus sensible aux difficultés morales des défavorisés, plutôt que cette technicité sans âme ? Des millions ont été récoltés pour “rebâtir” Haïti... La misère y règne toujours et le pont d'or s'est - en grande partie - évaporé en fumée, sans doute dans la poche des politiciens locaux et d'O.N.G. qui se sont sucrées au passage. Il en va de même pour la plupart des “Appels à la solidarité internationale”. Ce bel argent ne pourrait-il pas être plus judicieusement utilisé à construire chez nous des logements décents qui permettraient aux sans-abris de Belgique d'y vivre - en compagnie de leur plus fidèle ami - dans la pauvreté, certes, mais dans la dignité retrouvée ?


Chien de S.D.F., quand tu vois une caravane des O.N.G.. passer (Il s'agit souvent d'étudiants qui, dans les endroits très fréquentés, accostent les passants pour leur faire signer des “promesses de dons” !), aboie très fort pour lui rappeler qu'avant d'aider les déshérités de Port-au-Prince, Phuket ou d'ailleurs, il est plus rapide et facile de se pencher sur le sort du maître qui, enveloppé dans de vieilles couvertures toutes mitées, se languit seul de désespoir à tes côtés.    


Piet BULL



Michel vous propose :

- cette page

- de participer

- de publier votre texte

- d’être sympathique

- vous avez une folle envie d’écrire sans forcément créer un site, ni de vous en occuper, nous pouvons faire cela pour vous.

Contactez-nous à L’EntrePrise


La chronique de Piet Bull : Chienne de vie !

A